
Faire confiance à l’instinct de nos animaux, c’est peut-être commencer par accepter qu’ils savent souvent bien mieux que nous ce dont ils ont besoin. Bien sûr, notre rôle est de veiller sur eux, de leur offrir un environnement adapté et de les protéger lorsqu’un véritable danger se présente. Mais entre protéger et vouloir tout contrôler, il existe parfois une frontière que nous franchissons sans même nous en rendre compte.
Un doberman qui avait simplement choisi le soleil
Dimanche, j’étais invitée chez une personne qui possède un doberman, un chien qu’elle a d’ailleurs choisi sur mes conseils.
Il faisait beau et son chien avait décidé de se coucher… en plein soleil.
Et régulièrement, j’entendais :
« Viens là ! Viens à l’ombre ! Allez, viens te mettre au frais ! »
Le chien, lui, manifestement, n’en avait aucune envie.
Il était bien là où il était.
Et je dois reconnaître que ce genre de situation m’interpelle toujours un peu. Parce qu’à force de vouloir protéger nos animaux, nous oublions parfois quelque chose d’essentiel : l’instinct de nos animaux leur permet aussi d’écouter leur corps et de rechercher ce dont ils ont besoin à un moment donné.
Ce matin, chacun avait choisi son soleil
Ce matin, en allant m’occuper de mes animaux, j’ai retrouvé exactement la même scène sous différentes formes.
Mon cheval profitait tranquillement du soleil du matin.
Il aurait parfaitement pu aller à l’ombre. Il ne l’avait pas fait. À cet instant-là, il avait choisi le soleil.
Un peu plus loin, une de mes chattes, Kitchen, était installée sur le rebord d’une fenêtre. Les yeux fermés, paisible, elle aussi profitait des premiers rayons.
Personne ne leur avait expliqué qu’il fallait « prendre le soleil ».
Personne ne leur avait dit quand aller à l’ombre.
Ils avaient simplement choisi l’endroit dans lequel ils se sentaient bien à ce moment précis.
Et si nous apprenions simplement à leur faire davantage confiance ?
Protéger ne signifie pas décider à leur place
Cet été a été particulièrement chaud. Bien sûr que nous avons une responsabilité envers les animaux qui vivent avec nous.
Ils doivent disposer d’eau fraîche. Ils doivent pouvoir trouver de l’ombre. Ils doivent avoir accès à un endroit plus frais lorsque les températures deviennent importantes.
Chez moi, les possibilités existent.
Les chiens peuvent se mouiller. Ceux de la maison disposent notamment d’un bac rempli d’eau. Sur mon terrain d’éducation, il y a un étang. Les animaux disposent de zones ombragées et peuvent chercher les endroits les plus adaptés selon le moment de la journée.
Mon rôle est de leur offrir des possibilités.
Pas nécessairement de choisir à leur place.
Il existe évidemment des situations où nous devons intervenir : un animal enfermé dans un espace surchauffé, un chien en plein effort sous une chaleur importante, un animal âgé ou malade, ou encore un animal présentant des signes de coup de chaleur.
Faire confiance à l’instinct de nos animaux ne signifie donc pas les laisser se débrouiller quelles que soient les circonstances.
Cela signifie apprendre à distinguer deux choses : protéger et contrôler.
Pourquoi certains animaux recherchent-ils le soleil ?

Il suffit d’observer un chat ou un chihuahua pour constater à quel point certains animaux apprécient la chaleur. Une tache de soleil apparaît sur le sol et, quelques minutes plus tard, il y a de fortes chances qu’un chat soit couché dedans !
Le soleil et la chaleur peuvent tout simplement leur procurer une sensation agréable. La lumière naturelle participe également aux rythmes biologiques qui organisent l’alternance entre activité et repos.
Mais ce qui me paraît surtout important, c’est que l’animal puisse choisir. Il peut rester quelque temps au soleil, puis aller chercher l’ombre. Revenir ensuite. Se coucher sur un carrelage frais. Puis retourner dehors.
Tant qu’il dispose de ces différentes possibilités et qu’aucun signe inquiétant n’apparaît, pourquoi faudrait-il que nous décidions systématiquement à sa place du moment exact où il doit avoir chaud ou froid ?
À force d’avoir peur, nous n’observons plus
Je crois que derrière notre volonté de tout contrôler se cache souvent une bonne intention. Nous voulons éviter le danger, protéger.
En fait, nous voulons bien faire.
Alors nous anticipons.
« Tu vas avoir trop chaud ou tu vas avoir froid. »
« Va boire. »
« Mets-toi à l’ombre. »
« Ne reste pas là. »
Et finalement, nous regardons parfois davantage ce qui pourrait arriver que l’animal qui se trouve réellement devant nous.
Est-il haletant de façon anormale ? Cherche-t-il désespérément de l’ombre ? Montre-t-il un inconfort ? Ou est-il simplement couché tranquillement au soleil, parfaitement détendu, les yeux mi-clos ?
Faire confiance à l’instinct de nos animaux, c’est aussi retrouver notre propre capacité d’observation. Regarder l’animal qui est devant nous plutôt que celui que notre inquiétude imagine.
Et si nous faisions la même chose avec nous-mêmes ?
Parce que, finalement, cette réflexion ne concerne pas seulement les animaux. Nous aussi, nous avons progressivement appris à nous méfier de nos sensations.
Nous cherchons des règles pour tout. Quand manger, combien manger, combien dormir, combien marcher ou quand se reposer.
Mais aussi, ce que nous devrions ressentir. Ce que nous devrions vouloir. Et nous finissons parfois par ne plus entendre ce que notre propre corps nous raconte.
Peut-être avons-nous, nous aussi, besoin de retrouver cette capacité très simple que les animaux semblent avoir conservée : sentir ce qui est juste pour nous à cet instant.
Avoir envie de bouger et bouger, avoir besoin de repos et se reposer.
Chercher la compagnie lorsqu’elle nous fait du bien ou au contraire chercher la solitude lorsque nous en avons besoin.
Profiter du soleil un moment… puis aller chercher l’ombre.
Offrir des possibilités plutôt qu’imposer des solutions
Plus j’observe les animaux, plus cette idée me semble importante.
Notre rôle n’est peut-être pas de supprimer toutes les difficultés, toutes les sensations désagréables et tous les risques possibles. C’ est aussi de créer un environnement suffisamment sécurisant pour que l’animal puisse faire ses propres choix.
Mettre de l’eau à disposition. Créer de l’ombre. Permettre l’accès à la fraîcheur. Observer. Et intervenir lorsqu’il le faut.
Mais, le reste du temps, faire confiance à l’instinct de nos animaux.
Et avec les humains ?
Peut-être pourrions-nous parfois faire exactement la même chose. Accompagner. Proposer. Être présent. Mais ne pas systématiquement décider pour l’autre de ce qui est bon pour lui.
Faire confiance au vivant
Nous parlons beaucoup de reconnexion à la nature.
Mais se reconnecter au vivant, ce n’est peut-être pas seulement marcher pieds nus dans l’herbe ou contempler un coucher de soleil.
C’est aussi accepter que le vivant possède une intelligence qui ne passe pas toujours par notre raisonnement. Un cheval qui choisit le soleil du matin. Une chatte immobile sur une fenêtre, les yeux fermés. Un chien qui préfère, pour quelques instants encore, rester couché au soleil plutôt que rejoindre l’ombre que son humain lui propose.
Et nous, au milieu de tout cela, qui pouvons apprendre à observer avant d’intervenir. À proposer avant d’imposer, à protéger sans tout contrôler.
Et peut-être, peu à peu, à retrouver pour nous-mêmes cette confiance que nous avons parfois perdue.
Faire confiance à l’instinct de nos animaux, c’est finalement faire un peu plus confiance au vivant.
Et peut-être nous rappeler que nous en faisons partie, nous aussi.
Laisser un commentaire