
Un cercle chamanique pour honorer nos défunts est un espace où nous pouvons nous relier autrement à celles et ceux qui ont quitté ce monde. Et lorsque je parle de nos défunts, je pense bien sûr aux humains que nous avons aimés, mais aussi aux animaux qui ont partagé notre vie. Leur disparition peut laisser un vide immense et le lien qui nous unissait à eux mérite, lui aussi, d’être reconnu et honoré.
Il y a quelque temps, j’ai choisi d’oser parler du chamanisme. De ne plus dissimuler cette part de moi, comme si elle devait rester à l’écart de mon activité ou de ce que je partage avec les autres. Depuis, ce chemin continue de s’ouvrir. Aujourd’hui, il prend notamment la forme de cercles chamaniques : des espaces où nous pouvons nous rassembler, voyager au son du tambour et aller à la rencontre de notre monde intérieur.
Au mois de novembre, je proposerai un cercle particulier, intitulé « Au-delà de l’absence ». Il sera consacré aux défunts, humains comme animaux, à ces êtres que nous avons aimés et dont l’absence physique n’efface pas nécessairement le lien.
Lorsque l’absence ne met pas fin au lien
La mort crée une séparation immense. Elle laisse parfois des mots que nous n’avons pas eu le temps de prononcer, des gestes que nous aurions aimé accomplir, des questions restées sans réponse. Elle peut aussi laisser une sensation de vide que le temps transforme, mais ne fait pas toujours disparaître.
Il en va de même lorsque nous perdons un animal. Pour certaines personnes, cette douleur reste difficile à exprimer, parce que l’entourage ne la comprend pas toujours. Elles peuvent entendre qu’il ne s’agissait « que d’un animal », comme si cela devait rendre le chagrin moins profond.
Pourtant, un animal partage notre quotidien, nos habitudes, nos joies, nos épreuves et parfois de longues années de notre existence. Il nous accompagne sans juger, perçoit nos émotions et occupe une place unique dans notre foyer. Quand il disparaît, ce ne sont pas seulement sa présence et son corps qui manquent. Ce sont aussi ses pas dans la maison, son regard, sa façon de venir vers nous et tous ces petits rituels qui construisaient la vie à ses côtés.
Le deuil animalier est un véritable deuil. Il n’a pas à être minimisé ni comparé à un autre. C’est aussi pour cela que je souhaite lui ouvrir une large place au cours de ce cercle.
Ce qui continue de vivre en nous
Après la disparition d’un proche humain ou animal, beaucoup d’entre nous sentent que quelque chose demeure. Un souvenir qui surgit avec une force particulière, une présence ressentie dans un rêve, une odeur familière, une chanson entendue au moment juste ou un autre animal qui se manifeste de manière inattendue…
Chacun donne à ces expériences le sens qui lui ressemble. Certains y voient une coïncidence, d’autres un signe, d’autres encore une façon pour l’amour de continuer à vivre en nous.
Le chamanisme ne nous demande pas d’imposer une explication. Il nous invite plutôt à entrer dans une autre qualité d’écoute, à laisser une place à ce qui se présente et à accueillir notre ressenti sans chercher immédiatement à le juger.
Honorer plutôt que retenir
Rencontrer symboliquement un défunt au cours d’un voyage chamanique ne signifie pas refuser son départ ni rester enfermé dans le passé. Il ne s’agit pas non plus de provoquer une apparition ou d’obtenir à tout prix une réponse.
Il s’agit avant tout d’ouvrir un espace intérieur.
Dans cet espace, il devient parfois possible de déposer une parole, d’exprimer un merci, un pardon, un regret ou simplement un amour qui n’a jamais cessé d’exister. Avec un animal, ce peut être aussi l’occasion de remercier pour les années partagées, de déposer la culpabilité liée à une décision difficile ou de dire ce que nous n’avons pas pu dire au moment de son départ.
Ce qui se présente peut prendre la forme d’une image, d’une émotion, d’un souvenir, d’une sensation ou d’un message symbolique. Il arrive également qu’il ne se passe rien de spectaculaire. Et cela est tout aussi juste.
Le voyage appartient à chacun. Il n’existe pas de bonne manière de le vivre et aucune expérience n’a plus de valeur qu’une autre.
Honorer nos morts, humains ou animaux, ce n’est pas les retenir. C’est reconnaître la place qu’ils ont occupée dans notre histoire, remercier ce qui peut l’être et permettre au lien de se transformer. L’être aimé n’est plus présent comme auparavant, mais ce qu’il a semé en nous peut continuer à nous accompagner.
Pourquoi se retrouver en novembre ?
À l’approche de la Toussaint, les jours raccourcissent, la nature ralentit et nous entrons peu à peu dans une saison plus intérieure. Depuis très longtemps, cette période est associée à la mémoire des morts et à la transmission entre les générations.
Nos sociétés modernes nous laissent parfois peu de place pour parler de la mort. Nous devons reprendre le cours de notre vie, être forts, avancer. Cette difficulté est souvent encore plus grande lorsque nous pleurons un animal, car aucun rituel collectif ne vient généralement reconnaître sa disparition.
Pourtant, le deuil ne suit pas un calendrier. Il a son propre rythme, fait de vagues, d’accalmies et de retours inattendus.
Se réunir à cette période permet de ne pas rester seul face à l’absence. Le cercle accueille les silences autant que les paroles. Chacun vient avec son histoire, ses croyances et sa sensibilité, dans le respect de celles des autres.
Ce qu’est un cercle chamanique pour moi
Un cercle chamanique est d’abord un espace protégé, bienveillant et respectueux. Nous commençons par un nettoyage à la sauge, puis par un cercle de tambours. J’en prête à celles et ceux qui n’en possèdent pas. Le rythme du tambour nous aide à quitter pour un temps le flot habituel de nos pensées et à entrer dans une écoute plus profonde.
Je guide ensuite les participants au cours de plusieurs voyages chamaniques. Chacun reste libre de vivre l’expérience à sa manière et de ne partager que ce qu’il souhaite. Nous ne sommes pas là pour comparer nos ressentis, encore moins pour les interpréter à la place des autres.
Une grande place sera accordée aux animaux défunts. Ils ne seront ni relégués au second plan ni considérés comme des liens moins importants. Pour certaines personnes, l’animal qu’elles ont perdu était un compagnon de chaque instant, un membre de leur famille ou même l’être qui les a aidées à traverser une période très difficile. Ce lien mérite d’être accueilli dans toute sa profondeur.
Je tiens également à ce que chacun revienne pleinement dans le présent. Aller à la rencontre de nos défunts n’a de sens que si cela nous aide à poursuivre notre propre chemin, ici, du côté des vivants.
Au-delà de l’absence

Ce cercle chamanique pour honorer nos défunts sera une invitation à rencontrer autrement l’absence, à honorer les êtres disparus — humains et animaux — et à écouter ce que le lien avec eux fait encore vivre en nous.
Peut-être y aura-t-il un message,peut-être simplement une émotion, une image ou un apaisement. Peut-être sera-t-il temps de dire au revoir autrement, ou au contraire de reconnaître que l’amour demeure sans empêcher la vie de continuer.
Nous ne chercherons pas à effacer le manque. Nous lui offrirons une place, un temps et un espace pour qu’il puisse, peut-être, se transformer.
Car au-delà de l’absence, il reste parfois une trace, une transmission, une présence intérieure. Qu’il s’agisse d’un être humain ou d’un animal, l’amour partagé appartient à notre histoire. Et il demeure toujours possible de remercier, de libérer et de continuer à aimer.

















