Respecter la nature de l’autre : la leçon des villages, des animaux et des relations humaines

Mes coqs, en grande réflexion sur les humains

Respecter la nature de l’autre est sans doute l’un des plus grands défis de nos relations. Avec nos animaux, nos proches ou même les habitants d’un village, nous avons souvent tendance à vouloir modifier ce qui nous dérange au lieu d’apprendre à comprendre ce qui est différent de nous.

Il est tôt ce matin.

Les oiseaux chantent. Un coq lance son appel au loin. Une voiture passe sur la route. Dans quelques minutes, les cloches de l’église sonneront l’heure.

Je suis assise dehors avec mon chocolat, à écouter la vie.

Et je repense à une réflexion qui me revient souvent lorsque j’entends parler des conflits entre anciens habitants et néoruraux.

Certaines personnes arrivent dans un village parce qu’elles recherchent le calme, la nature, l’authenticité. Puis, quelques mois plus tard, elles découvrent que le coq chante à l’aube, que les cloches sonnent plusieurs fois par jour, que les tracteurs travaillent pendant les récoltes et que les chiens du voisin aboient parfois lorsqu’un promeneur passe devant leur portail.

Alors commencent les plaintes.

Le coq, les cloches dérangent.

Les tracteurs dérangent, en somme même le village dérange.

Pourtant, aucun de ces éléments n’est nouveau.

Les cloches sonnaient avant leur arrivée, le coq chantait, les habitants vivaient ainsi avant leur arrivée.

Et cette réflexion m’a conduite bien au-delà de la simple vie à la campagne.

Car je crois que nous faisons souvent la même chose dans nos relations avec les autres.

Vouloir changer ce qui existait avant nous

Lorsque nous arrivons dans un nouvel endroit, nous aimerions parfois que cet endroit s’adapte à nous.

Lorsque nous rencontrons une nouvelle personne, nous aimerions parfois qu’elle corresponde exactement à l’image que nous avons construite dans notre esprit.

Au début d’une relation, tout semble simple.

Nous voyons surtout les qualités, nous admirons ce qui rend l’autre unique.

Puis le temps passe.

Ce qui nous séduisait hier devient parfois ce qui nous agace aujourd’hui.

L’indépendance devient de la distance.

La spontanéité devient de l’imprévisibilité.

Le besoin de liberté devient un manque d’engagement.

Alors, au lieu de nous adapter à la réalité de l’autre, nous essayons parfois de le transformer pour qu’il corresponde à notre vision.

La même erreur avec les animaux

Dans mon métier de comportementaliste animalier, j’observe souvent ce phénomène.

Une famille choisit un chien de travail particulièrement dynamique.

Puis elle souhaiterait qu’il reste calme toute la journée dans un jardin.

Une personne adopte un chat indépendant, alors qu’ elle aimerait qu’il réclame des câlins à chaque instant.

Un chien aboie pour signaler une présence.

Le chat grimpe sur les meubles pour observer son territoire.

Un cheval exprime ses émotions avec toute sa sensibilité.

Et parfois, l’humain s’étonne que l’animal se comporte comme… un animal.

Bien sûr, l’éducation est nécessaire.

Bien sûr, la vie en société implique certaines règles.

Mais il existe une différence fondamentale entre accompagner un être vivant et vouloir le remodeler entièrement.

Plus nous luttons contre sa nature profonde, plus la relation devient difficile.

Le monde n’est pas obligé de nous ressembler

Je crois que nous avons progressivement oublié quelque chose d’essentiel.

Pendant des milliers d’années, les humains savaient qu’ils entraient dans un monde qui existait avant eux.

Quand ils arrivaient dans une vallée, ils observaient le vent.

Quand ils rejoignaient une communauté, ils observaient ses usages.

Quand ils approchaient un animal, ils apprenaient son langage.

Aujourd’hui, nous avons parfois tendance à faire l’inverse.

Nous arrivons quelque part avec nos attentes, nos habitudes, nos certitudes.

Puis nous demandons au lieu, à l’animal ou à la personne de s’adapter à nous.

Comme si le problème venait toujours de ce qui est différent.

Pourtant, le vivant nous enseigne chaque jour une autre voie.

La voie de l’observation, de la compréhension.

La voie de l’adaptation réciproque.

Et si la paix commençait là ?

Tranquile le bien nommé
Tranquille le bien nommé !

Je ne crois pas que la paix naisse lorsque tout devient conforme à nos désirs.

Je crois qu’elle apparaît lorsque nous cessons de lutter contre ce qui est.

Cela ne signifie pas tout accepter sans discernement.

Cela signifie reconnaître la réalité avant de vouloir la modifier.

Le coq chante.

Les cloches sonnent.

Des chiens aboient.

Les chats restent parfois mystérieux.

Les humains ont leurs qualités, leurs blessures et leurs imperfections.

Et peut-être qu’avant de chercher à changer le monde, nous pouvons nous demander :

 » Qu’est-ce que cette situation essaie de m’apprendre sur

moi-même ? « 

 » Que puis-je changer en moi ? »

Peut-être que la véritable rencontre avec l’autre commence précisément à cet endroit.

Au moment où nous cessons de vouloir qu’il nous ressemble.

Au moment où nous acceptons qu’il soit simplement lui-même.

J’ai choisi d’y croire.

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