Morsure de chien : les signaux que personne n’avait vus

Morsure de chien. Ces trois mots suffisent souvent à faire naître la peur, la colère ou l’incompréhension.

Lorsqu’un chien mord, nous regardons naturellement la morsure. Le geste. La blessure. Les conséquences.

Mais combien d’entre nous prennent le temps de regarder ce qui s’est passé avant ?

Cette réflexion me ramène à une histoire qui m’a profondément marquée lorsque j’étais enfant et qui, sans doute, a contribué à faire naître ma vocation de comportementaliste animalier.

Une morsure de chien qui a changé mon regard

J’avais une dizaine d’années lorsqu’un briard noir est arrivé chez mon père qui était éducateur canin.

Ce chien avait mordu un enfant.

À l’époque, je ne comprenais pas encore tout du comportement canin. Mais je connaissais suffisamment les chiens pour ressentir un profond malaise face à ce que j’entendais.

L’enfant de sa famille jouait avec lui.

Il sautait sur son dos depuis les marches de l’escalier.

Parfois, il lui roulait sur la queue avec son vélo.

Le chien supportait.

Jour après jour.

Il encaissait.

Comme beaucoup de chiens le font.

Jusqu’au jour où il n’a plus pu.

Alors il a mordu.

Et soudain, toute l’attention s’est portée sur la morsure.

Comme si l’histoire commençait ce jour-là.

Les signaux que personne n’avait vus

Avec les années, j’ai appris que les chiens communiquent presque toujours avant d’en arriver à une morsure.

Ils détournent la tête, s’éloignent, ils se figent.

En tout cas, ils cherchent à éviter le conflit.

Ils envoient de nombreux signaux que nous ne remarquons pas toujours.

Le chien qui s’éloigne, qui évite le contact.

Le chien qui supporte encore, et encore.

Puis un jour, il ne peut plus.

Et nous découvrons alors la conséquence sans avoir vu tout ce qui l’a précédée.

Une injustice qui ne m’a jamais quittée

Ce qui m’a le plus marquée dans cette histoire, ce n’est pas seulement la morsure.

C’est ce qui est arrivé ensuite.

Ce briard noir a finalement été euthanasié son maître ne lui a pas pardonné son geste.

J’étais encore une enfant, mais je me souviens du sentiment d’injustice qui m’a envahie.

J’avais l’impression que ce chien payait seul le prix d’une situation dont il n’était pas l’unique responsable.

Avec mon regard d’aujourd’hui, je ne cherche pas à excuser une morsure de chien,cela reste un acte grave.

Mais je crois profondément qu’il est essentiel de comprendre ce qui l’a provoquée.

Parce qu’un chien ne naît pas mordeur.

Il est souvent un être vivant qui a essayé de communiquer longtemps avant d’être entendu.

Une leçon qui dépasse le monde animal

Avec le temps, j’ai réalisé que cette histoire parlait aussi des humains.

Combien de personnes supportent une situation qui leur fait mal ?

Envoient des signaux que personne ne voit ?

Combien se taisent, s’adaptent, encaissent encore et encore ?

Puis un jour, quelque chose déborde.

Et les autres ne voient que l’explosion finale.

Jamais tout ce qui l’a précédée.

Cette histoire m’a appris que nous jugeons souvent le dernier acte sans connaître toute l’histoire.

Chez les chiens.

Comme chez les humains.

Cette histoire fait partie de celles que je raconte dans mon livre Là où les chiens m’ont conduite, un ouvrage dans lequel je partage plusieurs rencontres canines qui ont profondément façonné ma vision de la relation entre l’humain et l’animal.

Peut-être parce qu’au fond, les chiens nous parlent souvent de nous-mêmes.

Encore faut-il prendre le temps de les écouter.

J’ai choisi d’y croire.

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